Zone d’Intérêt : L’Horreur en Récital


Présenté au Festival de Cannes 2023, La Zone d’intérêt fait partie de ses films à dispositif dont il vaut mieux ne rien savoir pour garder le plaisir de spectateur intact.

Réalisé par l’énigmatique mais talentueux Jonathan Glazer ( à qui l’on doit le très bon Under the Skin, que je vous recommande ),
La Zone d’interet divise clairement, avec d’un coté ceux qui crient au génie en saluant une mise en scène inventive, et les autres qui n’y voit qu’un artifice pour traiter grossièrement d’un sujet aussi délicat que le quotidien du camp d’Auschwitz !


Autant le dire tout de suite, pour ma part la recette à complètement fonctionnée, je me suis fait happé par l’histoire, justement grâce à la mise en scène !

Jonathan Glazer aime les dispositifs hors des sentiers battus, et si vous ajoutez à cela un sujet aussi lourd que la représentation de la Shoah, vous obtenez un film à la fois fascinant et glaçant d’horreur.


Pour info, lors du Tournage Les Comédiens se sont retrouvés à devoir jouer leurs partitions “live” avec comme décor une maison et un jardin, puisqu’aucune équipe technique, ni réalisateur, ni techniciens n’étaient présents.

Une des trouvailles de mise en scène du film est d’avoir placé au préalable tout un tas de caméras fixes partout à l’intérieur de cette maison et du jardin, afin de tourner continuellement pendant que les comédiens jouaient leurs partitions ne sachant jamais ou sont placés les caméras !

Il Fallait y penser !

Une totale liberté pour les acteurs, même si le film reste très tenu au niveau de l’écriture !


Intolérable Cruauté

Synopsis : le commandant d’Auschwitz Rudolf Höss et son épouse Hedwig réalisent sur un terrain directement adjacent au mur du camp leur vision d’une vie de rêve avec une famille nombreuse, une maison et un grand jardin .

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A double tranchant ! ( Sans Spoilers )

Tel un film d’auteur sur la famille, le film démarre avec des scènes de vie bucolique comme un dimanche ensoleillé au bord du lac avec femme et enfants s’amusant et profitant de la douceur d’un mois printanier dans la charmante bourgade…D‘Aushwitz !

Très vite on se rend compte de l’ignominie, avec ce concept diabolique d’avoir en permanence le son hors champ avec cris , aboiements des chiens, ou encore le bruit de la locomotive transportant les déportés dont on aperçoit seulement la fumée et dont notre imaginaire collectif n’a nul besoin d’image pour y visualiser l’horreur !

Un mécanisme qui tranche avec les scènes de quotidien heureuses que l’on regarde avec un mélange de dégout et d’indignation.
Une dichotomie entre ce que nos yeux voient et ce que nos oreilles entendent qui varie selon les scènes, et qui rend le tout INCROYABLEMENT GLACANT ! 

Sandra Hueller ( qui à décidément le « Nez » pour détecter les bon projets après Anatomie d’une chute ) interprète l’épouse du commandant du camp complètement hors sol, inhumaine, et qui n’hésite pas à faire son shopping dans les affaires venant de l’autre coté du mur.

Le commandant Höss est interprété par Christian Friedel qui livre une réel prestation tout en retenue de cet homme à qui « tout sourit » et qui va très mal vivre sa nouvelle mutation ( #sens des priorités ! )

Un couple de personnages parvenus qui se complaisent de leurs élévations dans l’échelle sociale par l’ignoble et le génocide !

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Nos Pires Voisins !

Des personnages complètement accroché à leur pseudo statut capable de tout pour maintenir leur rangs chez les dignitaires et notables Nazis !


Je suis venu, j’ai vu…Et j’ai entendu !

Aucune image explicite donc, mais parfois des séquences de narration visuelle tout simplement ignoble et factuellement véridique comme une cheminée au loin crachant sa fumée venue des chambres à gaz, des cendres des cadavres servant comme engrais pour les plantes du jardin, ou encore des ossements humains contaminant les espaces naturels voisins comme la rivière ou Höss se baigne avec ses enfants.

Ajouté à cela certaines scènes de nuit avec un effet « négatif » lorsqu’on nous montre brièvement quelques rescapés tentant de se nourrir ou d’aider d’autres prisonniers, le point de vue opposé qui apparait comme une respiration visuelle pour le spectateur dans des séquences qu’on n’ose imaginer.

La Zone d’intérêt est donc un choc aussi bien visuel que sonore à l’image de l’intro du film extrêmement lente et oppressante ( sans parler de la musique) qui vous met direct dans l’ambiance !
Une stupéfaction qu’on ressent durant tout le film, le quotidien, et l’intime d’une famille de SS allemand à la vie agréable avec un mur comme seul démarcation de la désolation de la mort qui règne de l’autre coté, et dont sont issus tout leurs privilèges.

Du début à la fin , ça à été pour moi un vrai choc de voir une représentation d’une époque dont on pensait avoir fait un peu le tour avec le nombre de films qui traitent du sujet, mais avec ce concept assez inédit et parfaitement mis en scène, on peut dire qu’on trouve une nouvelle forme de frissons à ressentir différemment l’ignominie d’Auschwitz.

Toujours à l’affiche en Salles.

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