La toute nouvelle saison de la série d’anthologie la plus sanguinolente de Netflix est bien de retour.
Après s’être intéressée exclusivement à des tueurs jusqu’à maintenant, c’est cette fois au tour d’une tueuse d’occuper l’espace et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce changement permet à cette saison 4 de pousser encore un peu plus loin son concept.
Un nouveau chapitre de Monsters qui prend clairement un virage féministe, avec toujours une histoire macabre de meurtres sanguinaires en toile de fond, ici, un parricide, mais en incluant cette fois une écriture qui parle beaucoup plus de transmission et d’influences, avec une génération de femmes « tueuses » qui va avoir un impact sur la suivante.
L’histoire de Lizzie Borden se situe cette fois dans les années 1890, et on a le droit à une vraie plongée dans une série d’époque, avec un récit qui s’installe au cœur d’une résidence victorienne où vit cette jeune femme, constamment rabaissée et humiliée par une belle-mère acariâtre et un père alcoolique.
Lizzie Borden s’intéresse davantage à la nature qu’au choix de son futur époux, une liberté d’esprit évidemment bien mal vue à cette époque et dans cette société patriarcale à son paroxysme, renforcée par une belle-mère tyrannique prête à tout pour que Lizzie quitte au plus vite la demeure familiale.
Une série d’époque qui nous place donc dans un nouveau décor et qui place aussi l’univers sanguinaire de Ryan Murphy dans un contexte différent, avec toujours les mêmes ingrédients qui font son succès, notamment ces scènes de dialogues, de pétages de plomb et de violences en tous genres, toujours aussi viscérales et graphiques.
Les cocréateurs de cette saison, Ian Brennan et Ryan Murphy, reprennent le cahier des charges habituel, avec les mêmes ingrédients que dans les saisons précédentes : un récit non linéaire, un développement des personnages à travers différents points de vue, ou encore des scènes de violences sanguinaires toujours aussi remarquablement filmées.
Mais ils se permettent ici de pousser encore un peu plus loin les parallèles et les influences des uns sur les autres.
Born to Be wild
Au casting dans le rôle principale Ella Beatty incarne parfaitement une Lizzie Borden en apparence prude et fragile. La jeune actrice alterne avec beaucoup de justesse entre un jeu tout en retenue et des accès de violence aussi soudains que glaçants, au cœur des contraintes étouffantes de la haute société bourgeoise américaine du début du XXe siècle.
Un environnement profondément patriarcal et toxique dans lequel évoluent Charlie Hunnam qui après avoir lui même incarné eu le rôle principale en saison 3, revient cette fois dans la peau d’Andrew Borden au coté de Rebecca Hall qui incarne la belle mère tyrannique Abby Borden.
Mais l’équilibre familial va rapidement être bouleversé par l’arrivée d’une mystérieuse femme de chambre, Maggie Sullivan, incarnée parVicky Krieps.
En avance sur son temps et beaucoup plus libre dans sa manière de penser, Maggie va progressivement ouvrir les yeux de Lizzie sur un monde jusque-là interdit.
À son contact, la jeune femme découvre de nouvelles formes de plaisir et commence peu à peu à s’émanciper des carcans qui l’enferment. Une relation qui va également nourrir chez elle une fascination pour une mystérieuse comtesse du XVIe siècle et faire germer les prémices d’un projet aussi macabre que radical.

Des les premières minutes on sait tout de suite ou l’on met les pieds, OUI Lizzie Borden a bien tué son père et sa belle mère !
Ce qui intéresse ici Ryan Murphy n’est donc pas de nous faire mener l’enquête pour découvrir le coupable, mais plutôt de plonger dans la psychologie de cette jeune femme et dans les mécanismes qui vont progressivement la conduire au meurtre. À travers elle, la série s’intéresse également à l’influence que cette histoire va exercer sur d’autres femmes, elles aussi étouffées par les contraintes d’une société patriarcale, bien des générations plus tard.
Killer Punchs
La vrai plus value c’est le virage qu’opère la série à partir de l’épisode 4 en faisant un bond dans le temps jusqu’en 1988 avec le récit d’Aileen Wudros, tueuse en série devenue célèbre pour ses revendications féministes et sa haine pour la société patriarcale.
Un personnage trouble qui marqua son époque, incarné par une Sara Paulson métamorphosée, une tueuse en série célèbre pour avoir tué des hommes ayant abusé d’elle…et qui aura droit par la suite à un procès retentissant.

La saison 3 avait déjà tenté ce genre de parallèle avec l’influence des pratiques macabres d’Ed Gein sur la culture populaire, mais aussi sur d’autres générations de tueurs. Un procédé intéressant, mais qui, disséminé sur plusieurs épisodes, finissait par faire perdre un peu le fil du récit initial et laissait pas mal de spectateurs perplexes avec cette curieuse sensation de ne pas vraiment savoir comment terminer la saison.
Une critique que semble avoir entendue Ryan Murphy puisque cette fois, même si on retrouve le même procédé, le récit est beaucoup plus resserré autour d’un seul personnage : Aileen Wuornos.
Les deux histoires vont alors progressivement se répondre, avec notamment ce passage en 1988, où Aileen se retrouve complètement fascinée par le récit et la vie de Lizzie Borden, au point de s’offrir un petit week-end dans sa maison, devenue depuis une sorte d’attraction touristique.
Une nouvelle histoire de tueuse qui vient donc se greffer au récit principal et qui fait parfaitement écho à celui de Lizzie Borden. Aileen, lorsqu’elle n’est pas occupée à tuer, passe une partie de son temps à explorer la moindre parcelle de la vie de Lizzie, à laquelle elle voue presque un véritable culte.
Et plus la saison avance, plus cette relation entre les deux femmes devient fascinante. Deux tueuses séparées par près d’un siècle, mais qui vont progressivement se retrouver liées par cette même impression d’avoir été enfermées dans une société qui ne leur laisse finalement que très peu de place.
C’est là que cette saison 4 prend un virage clairement plus féministe, en s’intéressant davantage à la condition des femmes et à cette société patriarcale qui pèse sur les deux récits jusque dans le final avec la victoire des féministes dans l’obtention du droit de vote pour les femmes avec une Lizzie Borden qu’on présente comme un des piliers de la cause.
Une liberté scénaristique assumé de la part des créateurs puisqu’ historiquement il n’y a aucune preuve qu’elle est vraiment participé aussi activement à ces combats féministes des années 1900.
Ryan Murphy fait cette fois le choix de mettre davantage l’accent sur la transmission et l’influence d’une génération de femmes sur une autre. Lizzie Borden devient ainsi bien plus qu’une simple tueuse célèbre pour son crime : son histoire va traverser les décennies et influencer à son tour une autre femme, elle-même devenue l’une des tueuses les plus célèbres de son époque.
Et c’est aussi ce qui rend la fin de cette saison assez surprenante. Après autant de sang, et de vomi, parce qu’on reste quand même chez Monsters, la série prend finalement un peu de recul pour s’intéresser davantage au retentissement de l’histoire de Lizzie et à l’influence qu’elle aura bien au-delà de son propre meurtre.
Meilleure que la saison 3 à mes yeux, ma favorite reste cependant toujours la première saison et son fameux « Cannibale de Milwaukee ».
Chaque nouvelle saison de Monsters pousse forcément à faire le comparatif avec les précédentes et, pour moi, cette quatrième saison fait clairement mieux que The Ed Gein Story, même si les deux premières restent encore aujourd’hui les plus abouties et les plus fascinantes du show.
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