Source:Première.fr

L’Affaire Bojarski : Histoire en vain !?


Note : 3 sur 7.

Retour sur ce film franco-belge sorti en catimini en début d’année et qui retrace la vie rocambolesque de Jan Bojarski, à la fois faussaire et artiste de génie.

Le réalisateur Jean-Paul Salomé n’a jamais véritablement brillé par son sens de la mise en scène ou la puissance de ses récits. Hormis quelques réussites comme Les Femmes de l’ombre, sa filmographie oscille souvent entre œuvres simplement regardables et véritables catastrophes industrielles, j’ai encore le traumatisme de Belphégor, le fantôme du Louvre 😖.

Autant dire que j’abordais ce film avec une certaine méfiance.
On pouvait légitimement se demander si Salomé était le choix le plus pertinent pour porter à l’écran cette histoire méconnue du grand public, entre polar et bio-fiction.

Pourtant, cette tranche de vie hors normes dans la France des années 50/60 parvient à maintenir l’intérêt du début à la fin, notamment grâce à son casting et en premier lieu à Reda Kateb.

Alors, nouveau ratage signé Jean-Paul Salomé… ou polar inattendu capable de faire mentir les préjugés ?…On démêle le vrai du faux !


Plus vrai qu’un Napoléon !

Synopsis : Jan Bojarski, un jeune ingénieur polonais, se réfugie en France pendant la guerre. Il y utilise ses talents de faussaire pour fabriquer des faux papiers durant l’occupation allemande.

Source:media.sudouest.fr

Le film retrace le parcours de cet homme qui, dès ses débuts, révèle un véritable génie de l’invention et de l’innovation. Cafetière programmable, stylo à bille, fauteuil réglable… autant d’idées devenues banales aujourd’hui que Jan Bojarski tente, tant bien que mal, de breveter. Mais dans la France de l’époque, il se heurte rapidement à la xénophobie et au racisme ambiant.

Pourtant, là où Bojarski impressionne véritablement, c’est dans l’art du faux.
Faux passeports durant l’Occupation, billets de banque par la suite : Jan Bojarski devient un virtuose de la fraude, perfectionnant sans cesse son travail jusqu’à transformer ses copies en véritables œuvres d’art.
Il ira même jusqu’à corriger certains défauts des modèles originaux afin de les rendre “plus parfaits” que les authentiques.

Pendant près de deux heures, le film nous entraîne dans le destin hors norme d’un homme obsédé par la quête de la copie parfaite… quitte à tout perdre en chemin.


Copie ratée !

Le film m’a souvent fait penser à Arrête moi si tu peux dans le parcours de son personnage principal. Bien que le contexte historique soit radicalement différent, les similitudes entre ces deux faussaires de génie résonnent forcément.

La comparaison s’arrête cependant là car on évidemment très loin du modèle Spielberg.
Là où Arrête-moi si tu peux transformait son récit en véritable cavalcade euphorisante, L’Affaire Bojarski reste constamment enfermé dans une narration très académique.

Pourtant, le casting fait largement le travail. Bastien Bouillon est impeccable en inspecteur intègre tout droit sorti d’un polar des années 50, lancé dans un classique jeu du chat et de la souris face à ce faussaire insaisissable. Un personnage partagé entre admiration et frustration.

Même constat du côté de Pierre Lotin ou Sara Giraudeau qui sont tous deux très bons dans leurs rôles respectifs : le fidèle compagnon polonais de Bojarski pour l’un, et son épouse pour l’autre.

D’ellipse en ellipse, le film traverse les décennies avec quelques séquences réussies, notamment lorsqu’il s’attarde sur la minutie presque artisanale nécessaire à la fabrication de nouvelles machines, de faux documents et billets….Clairement les moments les plus captivants du film.

Malheureusement, malgré plusieurs tentatives d’instaurer de la tension, que ce soit à travers la traque policière ou la relation avec sa femme, le récit peine à réellement décoller.

La faute à une structure beaucoup trop linéaire et à une mise en scène qui ne dépasse jamais le stade du téléfilm de luxe.

Au final, Jean-Paul Salomé ne parvient jamais à transcender cette histoire pourtant fascinante.
Malgré une belle reconstitution des années 50/60, un casting solide et un personnage hors normes, le film reste prisonnier d’un traitement trop sage ou l’action se fait trop souvent attendre.

À défaut d’une grande fresque criminelle mémorable, il ne restera finalement qu’une chronique sympathique portée par un destin singulier… mais un film qui, malheureusement, ne décolle jamais vraiment.

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