Source:franceinfo.fr

La Bataille DeGaulle : Sursaut général


Note : 4.5 sur 7.

On se plaint souvent que le cinéma français est, au mieux, maladroit, et au pire catastrophique lorsqu’il s’attaque aux grandes fresques historiques.

Dernièrement, une vague de films français consacrés aux années sombres de l’Occupation semble s’être imposée comme un véritable axe de production. Ce phénomène s’explique en partie par un devoir de mémoire adressé à une génération qui n’a pas connu directement cette période, mais aussi par la volonté de renouveler le regard porté sur cette époque, en explorant des récits moins glorieux et souvent centrés sur les zones d’ombre de la collaboration comme Des rayons et des ombres de Xavier Giannoli ou plus récemment Notre Salut d’Emmanuel Marre.

Comme si la nécessité de représenter l’ensemble du spectre humain de cette période devenait un passage obligé pour mieux en saisir les tensions, sans céder pour autant à une lecture idéologique.

C’est dans ce paysage que s’inscrit cette proposition radicalement différente, ce nouveau film consacré au général De Gaulle choisit de changer perspective.
Il tente le pari ambitieux de réunir le meilleur des deux mondes : la rigueur du biopic historique documenté et l’ampleur spectaculaire du blockbuster.

Un héros presque discret

Avec un budget colossal (et qui se ressent à l’écran), le réalisateur plonge le spectateur dans une France occupée à travers une reconstitution soignée des années charnières de la vie du Général.

Présenté hors compétition au Festival de Cannes, ce premier volet d’un diptyque renoue avec un cinéma d’ampleur et de souffle.
La Bataille de Gaulle s’impose comme un film de grand spectacle qui ne cherche pas à imposer une lecture idéologique, mais plutôt à embrasser la dimension historique et humaine de son sujet.

Source:©leparisien.fr
Un DeGaulle en deux temps

Le film se concentre sur la période de l’Occupation à partir de 1940, en particulier autour de la première allocution du Général à la BBC depuis Londres et dans son combat pour initier la France libre au seins des armées françaises à travers son ascension progressive.

Antonin Baudry poursuit ici son exploration des rouages institutionnels français, un thème qu’il affectionne depuis ses précédents films. Ancien diplomate, il tente à nouveau de nous faire entrer dans les coulisses du pouvoir, cette fois à travers un biopic historique d’ampleur.

Mais le véritable point fort du film réside dans son casting. Simon Abkarian livre une prestation impressionnante en incarnant un De Gaulle raide, habité, parfois même drôle, et surtout avec l’amour de la patrie chevillé au corps.

À ses côtés, Niels Schneider en Maréchal Leclerc ou encore Benoît Magimel en Général Koenig complètent un ensemble solide, chargé de défendre les intérêts de la France libre en Afrique.


Des morceaux de bravoure portés par des dialogues ciselés qui trouvent toute leur force dans les confrontations verbales entre Charles de Gaulle et Winston Churchill. Simon Russell Beale livre d’ailleurs une interprétation remarquable du Premier ministre britannique, tout en retenue et en autorité.

Source©:Allocine.fr
La bataille des deux armées !

La relation entre les deux hommes se révèle rapidement comme l’un des véritables moteurs du récit. Au cœur des décisions militaires et diplomatiques, s’installe une partie d’échecs permanente où se mêlent respect mutuel, rapports de force et divergences stratégiques.

Car si Churchill reconnaît en De Gaulle un interlocuteur de premier plan, il peine parfois à composer avec son caractère inflexible et sa vision de l’indépendance française. De son côté, le futur chef de la France libre sait qu’il doit une partie de son destin politique au soutien britannique, tout en refusant de devenir un simple instrument des intérêts de Londres.

De cette opposition naît une tension dramatique constante qui nourrit certaines des meilleures scènes du film. Deux figures historiques majeures, unies par un même combat contre l’Allemagne nazie mais régulièrement divisées sur les moyens d’y parvenir, donnant lieu à des échanges d’une rare intensité où chaque mot semble pouvoir influer sur le cours de l’Histoire.

Un récit qui ne débande pas !

Entre historiens mécontents de la représentation de certains événements et la place de certains personnages secondaires, parfois un peu accessoires, comme celui de Ferdinand ou même Jean Moulin ( dont l’intégration au récit ressemble plus à un caméo qu’à un véritable personnage clé ), le film fait débat.

Mais que l’on soit passionné par les biographies consacrées au Général ou simplement curieux de découvrir cette période de l’Histoire, le récit parvient à maintenir une véritable fluidité narrative sans jamais donner l’impression d’assister à une leçon d’histoire.
Antonin Baudry réussit à rendre accessible un sujet pourtant dense en naviguant avec aisance entre les grands événements qui ont façonné les débuts de la France libre.

D’une séquence historique à l’autre, la mise en scène conserve une ampleur constante et s’appuie sur une reconstitution minutieuse qui donne vie à cette époque charnière. La musique, les effets visuels et le soin apporté aux décors participent à plusieurs séquences particulièrement marquantes, où le spectacle se met au service du récit sans jamais l’écraser.

Des scènes de batailles intenses rappellent des épisodes parfois oubliés des classes d’école comme Mers el-Kébir et surtout Bir Hakeim, avec des acteurs tous au diapason, les scènes d’actions fonctionnent pleinement.


Avec ses 2h40, ce premier volet couvre la période allant de 1940 à 1942 pose les bases d’une fresque plus vaste qui trouvera son aboutissement dans un second chapitre attendu le 3 juillet.

Bien sûr, certains spectateurs pourront parfois regretter une approche plus didactique, voire l’impression de consulter par moments une page Wikipédia.
Mais la critique paraît finalement difficile à éviter lorsqu’on s’attaque à une figure aussi monumentale que Charles de Gaulle et à une période aussi déterminante de l’histoire française. Selon moi le pari est largement tenu dans la capacité du film à transformer cette matière historique abondante en un véritable spectacle de cinéma…Accessible sans jamais être simpliste !

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