Séance de rattrapage avec un film qui à déjà remporté les faveurs de beaucoup et à juste titre !
A mon tour je viens moi aussi donner mon ressenti globalement positif ( et donc loin d’etre original ) sur ce dernier projet fou de Paul Thomas Anderson avec Leonardo Di Caprio et Sean Penn en tête d’affiche.
Un petit événement tout de même puisqu’un film de Dicaprio c’est un peu comme une bonne bouteille de vin d’une région qu’on ne connait pas…On ne sait pas ce qu’on va gouter mais on se doute que ça sera forcément un grand cru !
En effet si on se penche un peu sur la filmographie de l’acteur de 51 ans, on se rend vite compte que c’est un parcours quasiment sans faute du coté de ses collaborations artistiques.
Une formule qui se vérifie à nouveau ici avec un nouveau réalisateur à accroché à son « tableau de chasse » au Léo ( ça lui changera de ses conquêtes de 20 ans ); après les multiples collaborations avec Scorcese, Nolan, Innaritu, Spielberg et autre Tarantino , c’est cette fois au tour de Paul Thomas Anderson d’insérer DiCaprio dans son petit univers.
Un grand réalisateur et un grand acteur qui enfin se rencontre pour un film surprenant, palpitant et surtout à la fois réjouissant et divertissant.
Attrape moi si tu peux !
Avec One Battle After Another, Paul Thomas Anderson délaisse ses drames introspectifs pour se lancer dans une véritable fable politico-grotesque.
Inspiré par la fracture idéologique de l’Amérique contemporaine, PTA signe ici une satire débridée où chaque personnage semble exister dans un monde légèrement décalé, comme si la réalité avait été poussée jusqu’à son point de rupture.
D’un côté, nous découvrons les French 75, groupe d’activistes révolutionnaires menés par Bob Ferguson (Leonardo DiCaprio), accompagné de sa compagne Perfidia Beverly Hills (Teyana Taylor).
Le duo multiplie les actions coup de poing, notamment à coups d’explosifs artisanaux ciblant différentes institutions. Leur engagement politique, déjà théâtral, vire rapidement à la performance punk.
Face à eux, Steven “Lockjaw”, colonel de l’armée incarné par un Sean Penn glaçant, raciste assumé mais contradictoire, obsédé par l’idée d’éliminer les French 75 ( et les black girls ! ).
PTA joue volontairement sur l’excès : Lockjaw n’est pas un antagoniste réaliste, mais une caricature dérangeante de pouvoir militaire aveugle, guidée par sa propre obsession plus qu’une réelle stratégie.

Dix-sept ans plus tard, Bob Ferguson a perdu de sa superbe : paranoïaque, épuisé par les dérives du passé, et désormais père d’une adolescente, Willa, née de sa relation avec la mystérieuse Perfidia, aujourd’hui disparue.
Un jeu du chat et de la souris va alors s’engager, avec les anciens French 75, bien décidés à protéger Bob et sa fille, tandis que Lockjaw mobilise ses troupes pour clore enfin le chapitre Ferguson.
Entre chaos organisé et satire millimétrée
DiCaprio dans un rôle qui évoque autant le Dude du Big Lebowski qu’un militant épuisé par ses propres idéaux, navigue avec brio entre drôlerie, fragilité et une forme de détermination inattendue.
Ce mélange d’émotions contradictoires nourrit le film tout entier, PTA s’amusant à brouiller les frontières entre implication politique et absurdité existentielle.
L’entrée en scène du professeur de karaté de Willa, Sensei Sergio Carlos (Benicio Del Toro, hilarant et infatigable), injecte une nouvelle dose de loufoquerie parfaitement assumée. Sa présence déclenche une série de situations aussi imprévisibles que réjouissantes, poussant encore plus loin l’absurdité méthodiquement orchestrée par PTA.
C’est d’ailleurs sur ce terrain que One Battle After Another se révèle le plus surprenant : PTA adopte une mise en scène volontairement chaotique, jonglant avec les ruptures de ton, les détours absurdes et des jeux de montage qui traduisent le manque total de contrôle de ses personnages.
Le film semble constamment sur le fil, oscillant entre sérieux et farce sans jamais perdre son équilibre.
Tunnels clandestins, courses sur les toits façon parkour, messages codés oubliés : Bob se retrouve embarqué dans une succession d’espaces labyrinthiques filmés comme une parodie assumée des thrillers paranoïaques des années 70. La caméra, tantôt nerveuse tantôt flottante, épouse sa confusion, tout en laissant transparaître une maîtrise de mise en scène d’une précision presque mathématique derrière ce désordre apparent.
Le dernier tiers prend alors une ampleur spectaculaire avec une longue course-poursuite sur des routes désertiques et ondulées, véritable apothéose visuelle ou PTA y mêle burlesque, tension et hommage cinéphile : chaque véhicule reflète la personnalité de son conducteur, transformant la séquence en une sorte de ballet mécanique où la caméra, tantôt embarquée tantôt aérienne, joue avec les perspectives comme pour mieux traduire la folie de cette traque.
On y retrouve le meilleur des poursuites automobiles des années 70, revisité avec l’énergie et l’ironie de PTA.
Less is More
Seule réserve : une musique parfois trop présente, qui souligne les enjeux au lieu de les laisser exister. Quelques respirations supplémentaires auraient renforcé l’ironie, ou au contraire l’émotion, de certaines scènes.
👉Section Spoilers
La dernière séquence, portée par “American Girl” de Tom Petty, offre une respiration bienvenue. PTA y glisse une note d’espoir, comme un clin d’œil à la possibilité d’émancipation pour Willa, loin du chaos qui a façonné sa famille.
One Battle After Another est un objet étrange, une satire politique décomplexée où PTA s’amuse autant qu’il bouscule. Le film navigue entre comédie absurde, thriller paranoïaque et fable contemporaine, parfois jusqu’au trop-plein, mais toujours avec une virtuosité formelle indéniable.
Un ovni réjouissant, déstabilisant, et profondément cinématographique.


une réussite pour moi aussi 👍