Il y a parfois des films dont on devine trop facilement la fin dès les premières minutes… et d’autres qui ne cessent de vous surprendre.
L’Agent Secret fait clairement partie de cette seconde catégorie : un film que l’on pourrait qualifier d’inclassable, et qui ne manquera pas de dérouter une partie du public.
Présenté au Festival de Cannes cette année, ce film brésilien a quelque peu renversé les codes du thriller d’espionnage en adoptant une approche radicalement différente de ce que l’on a l’habitude de voir, aussi bien dans sa manière d’aborder le récit que dans sa mise en scène.
L’action se déroulant dans les années 70, le spectateur est plongé au cœur d’un Brésil bouillonnant, en proie à la dictature militaire : un pays à la fois chatoyant et mortel.
Wagner Moura, en tête d’affiche, incarne un homme au passé trouble et mystérieux, évoluant au fil du récit dans un véritable jeu de dupes, sur fond de chasse aux communistes.
Réalisé par Kleber Mendonça Filho, le film s’apparente davantage à une fresque sociétale, voire chorale, qu’à un véritable thriller d’espionnage au sens classique du terme.
Si vous cherchez une sorte de James Bond survitaminé et bourré d’action… passez votre chemin.
Ici, il est avant tout question d’ambiance.
L’Agent Secret cherche moins à divertir qu’à dresser le constat d’un pays à une période trouble de son histoire, plaçant au centre de ce gigantesque échiquier un homme coincé entre politiciens corrompus, policiers véreux et militants de la liberté.
À la fois ample et profond, le film pose un regard singulier sur la dictature militaire brésilienne de 1977, naviguant entre plusieurs genres et empruntant le suspense ainsi que certains codes du cinéma des années 70.
Un monstre deux têtes !
Synopsis : 1977. Dans un Brésil tourmenté par la dictature militaire, Marcelo, un homme d’une quarantaine d’années fuyant un passé trouble, arrive dans la ville de Recife où il espère construire une nouvelle vie et renouer avec sa famille. C’est sans compter sur les menaces de mort qui rodent et planent au-dessus de sa tête.

Une chose est sûre : L’Agent Secret ne prend jamais le spectateur par la main.
Dès ses premières minutes, le film impose un récit volontairement opaque, fait de passages abstraits et d’ellipses déroutantes. On se perd parfois au cœur de cette narration labyrinthique et nébuleuse, où la menace reste désincarnée… jusqu’à un certain point.
Le film se présente alors comme une fable à la frontière du tragi-comique.
On y suit un homme qui tente tant bien que mal d’échapper à des tueurs à gages lancés à ses trousses, tout en cherchant à reconstruire une vie normale. Une trajectoire intime, fragile, qui se heurte sans cesse à un monde hostile.
Espionnage hors cadre !?
Vous l’aurez compris, L’Agent Secret est une œuvre dense, portée par une ambition dévorante et de réelles qualités formelles. Sa mise en scène soignée, son sens du cadre et son atmosphère travaillée témoignent d’une vraie maîtrise technique. Pourtant, cette ambition pose question : le film a-t-il réellement la « politique de ses moyens » ? À force de vouloir embrasser trop de thématiques et de pistes narratives, il donne parfois la sensation de s’étirer inutilement avec des séquences qui frôlent l’anecdotique.
Indéniablement politique, le film reste néanmoins passionnant sur plusieurs aspects.
Les sous-intrigues consacrées aux personnages secondaires participent à la transformation progressive du décor : un pays qui apparaît comme une poudrière latente, aussi chatoyante que menaçante.
Si ces détours ne font pas toujours avancer l’intrigue principale, ils traduisent avec une justesse remarquable l’atmosphère d’une époque dominée par la violence, l’arbitraire et la peur.
Cependant, avec ses 2h40 au compteur, L’Agent Secret peine à maintenir son élan. Ce qui semblait au départ être une approche originale et extrêmement stylisée — portée par une reconstitution des années 70 impressionnante — finit par perdre en intensité à mi-parcours, victime d’un trop-plein scénaristique.
L’ennui finit alors par s’installer dès le deuxième chapitre.
Et malgré tout le talent de Wagner Moura, remarquable dans le rôle de cet homme stoïque cherchant simplement à se reconstruire, le film se transforme peu à peu en une fable certes agréable à regarder, mais trop abstraite et profondément déséquilibrée sur le plan narratif.

golden globes du meilleur acteur entièrement mérité…meme si le film est pas ouf en soi
Effectivement 👍
Déroutant mais captivant