Retour sur le « phénomène » ciné du moment avec le nouveau film de Josh Safdie.
Habitué à travailler en tandem avec son frère, le cinéaste se lance ici en solo et, clairement, la machine promotionnelle a tourné à plein régime.
Entre une campagne marketing parfaitement huilée et Timothée Chalamet envoyé en première ligne pour faire grimper la hype et viser les Oscars, le film arrive précédé d’un épais nuage d’attentes. Tout est calibré : visibilité maximale, storytelling maîtrisé, promesse d’une performance habitée.
Mais avant même d’entrer dans le cœur du film, difficile de ne pas élargir le cadre.
Marty Supreme s’inscrit dans une tendance lourde : celle de l’omniprésence des biopics, depuis plusieurs années, Hollywood semble pris d’une véritable frénésie du « tiré d’une histoire vraie ».
Les studios multiplient les portraits de figures iconiques, les destins hors normes, les trajectoires supposément exemplaires au point de frôler l’overdose.
À force de fouiller dans les tiroirs de l’Histoire pour dénicher des parcours « inspirés de faits réels », le genre s’essouffle parfois. Certaines œuvres donnent davantage l’impression d’étirer une anecdote sur deux heures que de raconter une véritable épopée. Le biopic, devenu argument marketing autant que démarche artistique, tend à devenir la norme.
Alors Marty Supreme n’est-il qu’un biopic de plus ?
Ou cache-t-il assez d’audace et de singularité pour s’élever au-delà du simple portrait appliqué ?
La réponse, juste après….
Premier Service
Synopsis : Une tranche de vie de Marty Reisman, jeune prodige du ping-pong dans les années 50,
un gamin d’une vingtaine d’années, vendeur de chaussures, qui n’a qu’une idée en tête : devenir le meilleur joueur du monde de ping-pong. Ambition simple, presque dérisoire sur le papier. Mais dans sa tête à lui, c’est une question de vie ou de mort.

Autant le dire tout de suite… Chalamet est impeccable : tête à claques, charmeur, un peu magouilleur, ultra ambitieux, jamais prêt à lâcher.
Il joue ce mélange d’assurance totale et d’inconscience avec beaucoup de justesse, comme le résume parfaitement cette réplique :
— « Est-ce que tu as déjà pensé que tu pouvais échouer ? »
— « Ça ne m’a même pas traversé l’esprit. »
Tout est là : l’aveuglement, la foi inébranlable, la démesure.
Visuellement, c’est du solide. Avec Darius Khondji à la photo, les années 50 ont une vraie texture, la reconstitution est saisissante. C’est élégant, travaillé, jamais cheap.
Et ce choix de musique aux sonorités très 80’s crée un décalage intéressant, comme si le personnage n’était pas tout à fait à sa place dans son époque.
Autour de Marty va se greffer toute une galerie de personnages : Gwyneth Paltrow en actrice déchue, Abel Ferrara en mafieux local… De belles présences, parfois savoureuses, mais qui restent un peu en surface.
On sent le potentiel, sans que ça prenne vraiment feu.
Les scènes de match de Ping-pong synthétise les moment culminants du film.
Déjà un film avec du Ping-pong, c’est quasiment inédit, mais en plus de ça elles sont filmés comme de véritables batailles ou la crispation des corps et l’effort se lis sur les visages.
Des séquences parfaitement mise en scène qui parviennent à faire vibrer le spectateur entre tension et fulgurance des smashs…On reste accroché à son siège.
Le Revers Lifté !
Malgré ses qualités formelles indéniables, le film laisse une étrange sensation de polissage excessif. Il tente pourtant, mais n’explose jamais comme il le devrait. Peut-être est-ce justement la limite de ce biopic la.
Parce que c’est ça le souci de Marty Suprême : le film est propre. Très propre. Trop propre ?
Ce n’est ni mauvais, ni transcendant.
Plutôt un film appliqué, aux accents « scorsésiens » assumés, efficace mais sans véritable vertige.
La mise en scène de Josh Safdie a pourtant du souffle.
On y retrouve par instants cette nervosité qui faisait sa force. Mais elle paraît contenue par le schéma très balisé du « rise & fall », trajectoire classique du genre que le film suit sans jamais réellement la fissurer.
Safdie tente d’y injecter quelques aspérités, notamment à travers des touches burlesques bienvenues, et certaines séquences marquent. Pourtant, l’ensemble reste sous contrôle.
Entre thriller psy, film sportif et fresque humaine…Sur le papier, ça promet. À l’écran, ça reste maîtrisé, appliqué… mais un peu sage. Ça ne déborde jamais vraiment.
Ce n’est pas un mauvais film. Loin de là. C’est bien fait, bien joué, bien emballé. Mais il manque ce truc en plus. Cette scène qui te hante. Cette prise de risque qui fait exploser le cadre.
À l’image de The Iron Claw, lui aussi estampillé A24 et vite retombé après l’emballement initial, je ne serais pas surpris que Marty Suprême subisse le même sort une fois la fièvre des Oscars redescendue.
Avec un Golden Globes du Meilleur acteur en poche, Reste à voir si Marty Chalamet mettra la fessée à ses concurrents ( ref ), et réussira à rafler la statuette du meilleur acteur, un prix qui serait mérité pour la performance car, quoi qu’on en dise, OUI l’acteur de 30 ans parvient a capter l’attention et porte le film sur épaules malgré tout !
