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Dossier 137 : franchissement de ligne


Note : 5 sur 7.

Après le remarquable La Nuit du 12, Dominik Moll confirme qu’il est bien l’un des cinéastes les plus en phase avec son époque.

Fort de son succès aux César, il s’attaque ici à cette période troublée qui à marquée la France : les violences durant le mouvement des Gilets jaunes.

Inspiré de faits réels, le film revient sur la mise en cause de plusieurs policiers impliqués dans un tir de LBD ayant causé des blessures irréversibles à un manifestant.

Pris entre deux feux, les policiers de l’IGPN vont devoir faire toute la lumière sur des événements opaques.
D’un côté, les syndicats de police dénoncent une enquête dirigée contre leurs propres collègues ; de l’autre, une partie de la population attend des sanctions rapides et exemplaires.


« On nous a dit de Sauver la République ! »

Léa Drucker incarne Stéphanie, capitaine de brigade de l’IGPN chargée d’enquêter sur ces « collègues » au cours d’incidents survenus lors de ces manifestations en 2018.

Dérapage volontaire ou réponse appropriée face à la violence d’en face ??…C’est LA question qu’elle va devoir élucider.

Des les premières minutes on est plongé dans la réalité d’un quotidien froid et bureaucratique avec une scène d’interrogatoire qui donne immédiatement le ton du film.

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Policiers….Et humains !

On se rend vite compte de l’hostilité à son égard de la part des autres unités de Police qui lui reproche d’enquêter sur des « collègues » plutôt que sur de « vrais » voyous, mais aussi de la pression énorme exercé à la fois par les familles de victimes qui veulent simplement que les coupables soient punis, mais aussi de la part de sa hiérarchie qui tente d’atténuer la résonance de ces enquêtes dans l’opinion publique.

Le film adopte une approche quasi documentaire en alternant action et scènes d’interrogatoires, le réalisateur dissèque le travail minutieux et souvent ingrat de l’IGPN : Auditions, procédures, rapports a taper, vérifications, tout est montré avec une rigueur qui souligne la complexité et le sérieux de ces enquêtes.

Les questions techniques : armes utilisées, formations reçues, cadres d’intervention, viennent également nourrir le propos, sans jamais alourdir le récit, mais en apportant des éléments de compréhension essentiels.

Sans effets de mise en scène spectaculaires, le film repose essentiellement sur la justesse de ses interprètes et la solidité de son écriture, son intérêt ne réside pas dans l’action, mais dans ses conséquences :
comment chaque individu, policier ou manifestant, fait face à ses actes.


Que justice soit faite

Là où l’on pouvait craindre un traitement un peu manichéen dans les premières minutes, Dominik Moll évite finalement cet écueil.

Le rythme, porté par les témoignages et les révélations successives, installe une tension constante, entre enquête et drame humain.

On suit une Léa Drucker ultra convaincante dans le rôle de cette enquêtrice à l’équilibre de vie fragile, partagée entre des rapports familiaux compliqués et une enquête de fond qui l’absorbe totalement.

Le film met alors en lumière le travail minutieux et souvent ingrat de l’IGPN : auditions, procédures, confrontations : une mécanique rigoureuse se déploie face à des interlocuteurs parfois fermés, voire hostiles.
Un cadre méthodique qui souligne à la fois la complexité des enquêtes et la difficulté de faire bouger les lignes.

Malgré une mise en scène volontairement sobre, le film parvient à maintenir une tension constante.

Porté par la justesse du jeu d’acteurs et la progression du récit, il avance habilement entre thriller et drame humain, alternant moments de doute et révélations.

Récompensé notamment par le César de la meilleure actrice pour Léa Drucker, le film repose clairement sur ses épaules.
L’actrice parvient à transmettre tout un panel d’émotions différentes simplement à travers des silences et des regards, une performance qui s’inscrit parfaitement dans le cinéma réaliste de Dominik Moll.

Sans crier au chef-d’œuvre, le film reste tout de même un vrai tour de force en permettant à la fiction de mettre en lumière des événements douloureux de l’actualité française tout en déroulant son récit sans jamais tomber dans le film à charge.

En filigrane, il rappelle ces images marquantes qui ont rythmé l’actualité, où chaque semaine venait raviver le débat autour des violences et de leurs conséquences.

À travers un polar social à la tension sourde, Dominik Moll (comme dans La Nuit du 12) parvient à interroger le spectateur jusqu’aux toutes dernières minutes du film.

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