Le passage du cinéma à la série TV est toujours un exercice délicat, surtout lorsqu’il s’agit d’étendre un récit tout en restant fidèle à une œuvre originale.
La tâche est encore plus complexe lorsqu’on s’attaque à un morceau de choix comme Un Prophète de Jacques Audiard, devenu au fil du temps un véritable phénomène, souvent considéré comme un chef-d’œuvre du cinéma français, récompensé à de nombreuses reprises et acclamé par la critique.
C’est donc avec une certaine appréhension que l’on aborde cette nouvelle adaptation proposée par Canal+, bien décidée à revisiter un monument du cinéma français.
Car une question se pose immédiatement : faut-il vraiment moderniser une œuvre qui semblait déjà aboutie ?Pour le dire autrement : mettrait-on un pare-chocs tuning sur une Ferrari ?
Pari audacieux
Heureusement, la série ne se contente pas de reproduire le film. Elle repense son approche en conservant son point de départ : l’incarcération d’un jeune délinquant plongé dans un univers carcéral brutal, véritable école de la vie… et du crime.

Le récit s’ancre davantage dans une réalité contemporaine, notamment en situant une partie de son intrigue à Marseille, avec des thématiques actuelles comme les effondrements d’immeubles ou les dérives de certains promoteurs immobiliers, un choix qui permet à la série de se démarquer rapidement de son modèle.
Dès les premiers épisodes, le ton est donné, le protagoniste, ici un jeune Mahorais : Malik, découvre la violence du milieu carcéral : intimidations, pressions, passages à tabac… un univers impitoyable dans lequel il doit rapidement apprendre à survivre.
La narration prend un tournant dès le deuxième épisode avec un passage obligé : commettre un acte irréversible pour espérer continuer à exister dans cet environnement, une mécanique bien connue et qui ne surprendra pas totalement ceux qui se souviennent du film, mais qui reste pourtant assez efficace.
Curieux mais Périlleux
Côté casting, Mamadou Sidibé succède à Tahar Rahim dans le rôle principal, un défi particulièrement ambitieux au regard de la performance marquante de son prédécesseur.
Si l’acteur propose ici une interprétation plus vulnérable, en phase avec un personnage marqué par l’isolement et la découverte d’un univers qu’il ne maîtrise pas, le résultat reste toutefois assez inégal.
La série introduit également, dès les premiers épisodes, un procédé basé sur des citations de grands auteurs, lues en voix off par Malik. Ces passages viennent accompagner certaines séquences en parallèle de la vie carcérale, créant un contraste entre la violence du quotidien et la tentative d’élévation de Malik.
Sur le papier, l’idée peut sembler pertinente, en apportant une dimension plus introspective au personnage. Pourtant c’est le résultat inverse qui se produit !
En plaçant Malik dans une posture d’observateur, presque en retrait, ces voix off atténuent son implication directe dans les événements.
Un choix de mise en scène intéressant dans son intention, mais qui, à ce stade, semble davantage desservir la narration qu’il ne l’enrichit.
C’est d’autant plus problématique que le personnage est censé être le véritable moteur du récit !
Ici, il semble parfois subir les événements plus qu’il ne les provoque, ce qui affaiblit son rôle central et limite l’attachement que le spectateur peut développer à son égard. Une faiblesse d’autant plus notable que la comparaison avec Tahar Rahim s’impose inévitablement tout au long du visionnage.
Autour de lui, la série semble pourtant reproduire des figures bien connues, on retrouve ainsi Sami Bouajila, qui reprend en quelque sorte le rôle de figure d’autorité incarné autrefois par Niels Arestrup, tandis que Moussa Maaskri apporte sa présence familière dans un second rôle de repenti, prenant sous son aile le jeune Malik et jouant un rôle clé dans son évolution.
Cette reprise de dynamiques et de personnages déjà identifiés dans le film crée une impression de déjà-vu assez marquée. Très rapidement, on comprend les rapports de force, les trajectoires possibles et les mécanismes narratifs à l’œuvre, ce qui peut donner le sentiment que la série suit un chemin balisé.
Dès lors, une question se pose : la série parvient-elle réellement à surprendre ?
Car en reprenant des archétypes aussi forts, elle prend aussi le risque de rendre son intrigue prévisible, au point de peut être même laisser deviner certaines évolutions bien avant qu’elles ne se produisent.
En revanche, pour ceux qui découvrent l’univers, la série peut quand même fonctionner, à condition de ne pas trop s’arrêter sur certaines incohérences ou sous-intrigues un peu laissées de côté, et surtout de ne pas avoir le film en tête en permanence.
Et puis, il ne faut pas oublier qu’on n’en est qu’aux deux premiers épisodes. La série a encore le temps de poser ses bases, de développer ses personnages et, pourquoi pas, de nous surprendre par la suite.

