Après une première partie de cette ultime saison plutôt intrigante et prometteuse — globalement bien rythmée et respectueuse de l’ADN de la série (voir 👉 Critique de la première partie) — j’abordais cette seconde moitié avec une certaine confiance. J’espérais une conclusion épique et maîtrisée pour une œuvre fantastique qui, depuis ses débuts, avait toujours su préserver son essence profondément « spielbergienne »
La chute n’en a été que plus brutale !
Cette deuxième partie confirme malheureusement un schéma devenu tristement classique : celui d’une série prise au piège de son propre succès, incapable de conclure dignement son récit.
À force de vouloir trop en faire, de chercher à TOUT PRIX à tirer la larme au spectateur, Stranger Things sombre dans une niaiserie pesante.
Les personnages passent leur temps à chialer, à justifier leurs actes dans des tunnels de dialogues interminables, tandis que la résolution de l’intrigue fantastique est expédiée sans véritable impact.
De Spielberg…à Dawson !
Les frères Duffer avaient pourtant un boulevard — que dis-je, une autoroute. Avec des épisodes avoisinant 1h30 et un budget colossal estimé à près de 260 millions de dollars, on est en droit de se demander comment un tel raté scénaristique a pu voir le jour.
Cette seconde partie se révèle mollassonne, plombée par des dialogues dignes d’une mauvaise série de prime time, ponctuée de vagues tentatives de rebondissements aussitôt étouffées par une intrigue qui fait du surplace. Quelques séquences parviennent à marquer… mais elles sont presque immédiatement noyées dans un flot de scènes bavardes et redondantes.
L’un des exemples les plus frappants reste la relation entre Hopper et Eleven.
Pourtant parfaitement gérée dans les saisons précédentes, elle se résume ici à une succession de pseudo-sacrifices jamais pleinement assumés.
Chacun menace de se sacrifier à tour de rôle, sans jamais aller au bout de l’idée.
Même constat pour les arcs narratifs secondaires : le coming-out de Will, traité de manière excessivement appuyée, la relation autour de Robin et Vickie, ou encore d’autres intrigues étirées inutilement ou poussées jusqu’au trop-plein émotionnel.
Résultat : la série annihile progressivement toute émotion sincère, y compris lors du sacrifice final d’Eleven, censé être le point culminant du récit.
Après trois ans de développement, le verdict est sévère. Cette conclusion apparaît mièvre, très éloignée de l’esprit Amblin des débuts, et surtout truffée d’incohérences scénaristiques flagrantes :
- Où sont passés les Démogorgons ?
- Pourquoi aucun ne vient prêter main-forte lors de l’affrontement final entre El et Vecna ?
- Comment Max peut-elle être diplômée après avoir passé deux ans dans le coma ?
- Pourquoi les enfants lourdement marqués par des traumatismes semblent-ils reprendre le cours de leur vie comme si de rien n’était ?
Le combat final, expédié en à peine cinq minutes — un comble pour des épisodes aussi longs — achève de donner cette désagréable impression de bâclage.
L’écriture des personnages bascule dans un soap-opéra de bas étage, tandis que les effets visuels, étonnamment timides, accentuent encore cette sensation de travail inachevé.
Certes, le tout dernier plan final — sorte de passage de flambeau entre générations — demeure sympathique et cohérent avec l’esprit Stranger Things, mais au-delà de cette maigre consolation, il devient difficile de retrouver l’émotion et la sincérité des débuts d’une série autrefois si qualitative, aujourd’hui réduite à l’ombre d’elle-même.
La déception est à l’image du Monde à l’Envers : immense.
Fallait il s’arrêter à la saison 4 ??
Sans surprise, le succès populaire de la série pousse Netflix à ne pas lâcher sa poule aux œufs d’or.
Tout laisse à penser qu’un spin-off centré sur Eleven et Mike verra le jour, reprenant là où cette saison 5 s’est arrêtée.
Avec le recul, il apparaît évident que la saison 4 aurait largement pu se suffire à elle-même comme conclusion à Stranger Things. En remaniant légèrement son scénario, en resserrant certains arcs narratifs et en assumant davantage ses choix, elle aurait sans doute permis d’offrir une fin plus riche, plus intense et surtout bien plus cohérente à l’ensemble de la série.
Plutôt que d’étirer artificiellement son récit sur une ultime saison hésitante, la série aurait gagné à capitaliser sur la force dramatique et l’élan narratif de cette quatrième saison, qui posait déjà toutes les bases nécessaires à une conclusion marquante.
Cette approche aurait non seulement évité l’écueil du remplissage, mais aurait aussi préservé l’émotion et l’esprit des débuts, offrant ainsi à Stranger Things une fin à la hauteur de son potentiel et de son héritage.
En l’état, cette saison 5 vient malheureusement diluer ce qui aurait pu rester comme une conclusion forte et mémorable. Stranger Things rejoint donc la liste de ces séries au concept puissant, victimes de leur succès, dont l’ambition de prolonger l’aventure se fait au détriment de la cohérence et de l’impact émotionnel.
À force de vouloir rester éternellement dans le Monde à l’Envers, la série a fini par s’y perdre.
