Aujourd’hui, dossier spécial : Guerre des Polices.
Deux séries françaises, un même terrain de jeu, et une promesse commune : plonger au cœur de brigades policières confrontées à leur propre chaos.
À première vue, Pax Massilia et B.R.I semblent raconter la même histoire.
Celle de flics sous pression, englués dans un quotidien où la frontière entre ordre et désordre devient de plus en plus floue.
Mais très vite, les différences apparaissent.
Dans la production, dans l’écriture, dans la mise en scène, et surtout dans la manière d’aborder le métier de policier.
C’est précisément dans cet écart — entre chaos assumé et rigueur méthodique — que se joue l’intérêt de ce dossier.
Soyons clairs : oui, ces séries ont des défauts.
Mais si ce dossier leur est consacré, c’est précisément parce que, au-delà de leurs imperfections, elles partagent une qualité rare : une approche humaine et réaliste du métier de flic, dans ce qu’il a de plus quotidien, de plus brutal, et parfois de plus étouffant.
Une démarche artistique sincère, portée d’un côté par Olivier Marchal avec Pax Massilia, de l’autre par Jérémie Guez avec B.R.I.
Deux créateurs qui connaissent intimement leur sujet : un ancien flic d’un côté, un auteur de romans policiers de l’autre, plusieurs fois immergé au sein de brigades.
Tous deux ont travaillé au plus près de l’humain avant la fonction, avec une volonté commune : montrer les doutes, les fractures et les contradictions de policiers de tous horizons, confrontés à un métier qui broie autant qu’il forge.
De la brigade des stups à la Brigade de recherche et d’intervention, les deux séries cherchent avant tout à approcher une vérité de terrain.
Ici, pas de héros intouchables.
Mais des flics tenaces, faillibles, profondément humains.
Psychologie, enjeux familiaux, pressions hiérarchiques, compromissions, corruption, connivences troubles, usure mentale, violence du terrain…
Pax Massilia et B.R.I n’éludent rien, et évitent surtout l’écueil du manichéisme facile.
Le chaos marseillais selon Olivier Marchal
Commençons par Pax Massilia, dont la deuxième saison s’est achevée récemment.
La série est réalisée et showrunnée par Olivier Marchal, figure incontournable du polar français, souvent surnommé le « tonton » du réalisme policier (36 Quai des Orfèvres, MR 73, Les Lyonnais).
Avec Pax Massilia, Marchal s’intéresse à la brigade des Stups de Marseille, engagée dans une lutte sans merci contre le narcotrafic.
Une guerre sale, sans ligne claire, où la frontière entre flics et voyous s’efface progressivement.

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Les policiers avancent constamment sur le fil, confrontés à des truands pour qui la violence est un langage quotidien et où les calibres parlent souvent plus vite que la loi.
Ici, tout est plus brut, plus frontal, plus borderline.
Olivier Marchal s’approprie Marseille comme un personnage à part entière : décors âpres, lumière sèche, énergie locale, jusque dans un casting largement issu de la région.
Tewfik Jallab, en chef de groupe constamment sur le fil, porte littéralement la série sur ses épaules. L’acteur impressionne par sa capacité à jongler entre intensité brute, colère contenue et soudaines explosions de violence. Il est solidement épaulé par des seconds rôles issus du cinéma indé français, comme Olivier Barthélémy ou encore Idir Azougli.
Le récit alterne habilement entre le point de vue des policiers et celui des caïds de la pègre marseillaise, un choix narratif efficace qui entretient une tension permanente. Cette construction installe une vision volontairement trouble de la justice, où chaque camp avance selon ses propres règles, brouillant sans cesse la frontière entre le bien et le mal.
B.R.I : immersion froide et méthodique
À l’opposé, B.R.I propose une autre vision, une autre dynamique.

La série nous plonge au sein de la Brigade de Recherche et d’Intervention de Versailles, entre filatures, enquêtes de grand banditisme, paperasse administrative… et montées d’adrénaline.
Ici, des flics globalement intègres, dans un contexte ultra-réaliste, avec une immersion au plus près du terrain.
La force de B.R.I repose sur une écriture soignée, une mise en scène tendue et une production Canal+ solide, fidèle à ses standards.
Lancée en 2023, la série concentre toutes les grandes qualités des productions Canal+ :
– un montage nerveux
– une narration frontale
– un vrai temps accordé à la psychologie des personnages
Chaque protagoniste est défini par son milieu, son parcours, ses choix, avant d’intégrer la brigade.
Autre énorme point fort : le casting.
Un ensemble hétéroclite de comédiens, issus pour beaucoup du cinéma indépendant, qui apporte une crédibilité immédiate aux personnages.
Sofian Khammes, Ophélie Bau, Théo Christine, Emmanuelle Devos incarnent des flics de grades et de profils différents, tous parfaitement crédibles.
Les acteurs de la brigade ont tous suivi une immersion au sein de vraies brigades (entraînement au tir, combat, procédures), ce qui se ressent fortement à l’écran.
Avec son ton froid et méthodique, B.R.I utilise la fiction pour intégrer le réel :
que ce soit à la salle de musculation, à l’entraînement au tir, en filature ou en intervention, chaque détail renforce l’impression d’authenticité.
Fusillades sèches, insultes crues, courses-poursuites, dynamique de groupe…
La série donne vie à une brigade crédible, portée par des comédiens tous au diapason.
Deux séries imparfaites, mais nécessaires
Deux séries. Deux visions.
Et au milieu, une même question : comment filmer la police aujourd’hui sans tricher avec le réel ?
À première vue, Pax Massilia et B.R.I semblent jouer sur des terrains opposés.
L’une embrasse le chaos, la violence brute et les zones grises d’un Marseille sous tension.
L’autre avance au pas cadencé, privilégiant la rigueur, la méthode et la froide mécanique de l’enquête.
Soyons honnêtes : les deux séries trébuchent parfois. Dialogues parfois maladroits, choix narratifs discutables, intrigues qui s’étirent ou tournent en rond… les défauts sont bien là.
Mais les réduire à cela serait passer à côté de l’essentiel.
Car ce qui les rapproche, paradoxalement, c’est leur ambition commune : raconter le métier de flic sans filtre héroïque.
Non pas comme une vitrine, mais comme un champ de bataille permanent — physique, moral, intime.
Si vous aimez les séries policières qui proposent quelque chose de nouveau…
Pax Massilia cogne fort, parfois trop, mais assume une vision viscérale, presque suffocante.
B.R.I, plus clinique, cherche l’immersion par la précision et la retenue, quitte à sacrifier le spectaculaire.
Deux approches radicalement différentes, deux services de police, deux écritures…
Mais un même constat s’impose : ici, il ne s’agit pas d’une guerre des polices, mais d’une guerre du réalisme et de l’immersion.
Et c’est précisément là que ces deux séries, malgré leurs failles, trouvent leur véritable force.
