Aujourd’hui, retour sur la nouvelle qui a secoué l’univers du cinéma et qui, depuis une semaine, déchaîne les passions.
Pour ceux qui vivraient dans une grotte et n’auraient pas encore entendu parler de l’affaire : Warner Bros. Discovery a officiellement ouvert la porte à la cession de ses actifs, y compris son mythique studio de cinéma et son catalogue colossal.
Depuis plusieurs mois déjà, la maison-mère évoquait publiquement cette possibilité. Mais l’annonce, cette fois, a fait l’effet d’une bombe.
Car quand on connaît le poids des licences détenues par Warner — Matrix, Ocean’s Eleven, DC Studios, Harry Potter, Terminator et bien d’autres — on parle d’une véritable mine d’or prête à basculer chez… la concurrence.
Mais laquelle ?
Retour sur un feuilleton financier digne d’un épisode de Succession.
Un studio presque promis à Netflix
Il y a à peine une semaine, Warner semblait déjà en passe de tomber dans l’escarcelle de Netflix. La plateforme aurait formulé une offre estimée à environ 83 milliards de dollars, portant sur la division cinéma et la plateforme HBO Max, sans inclure les chaînes de télévision du groupe (Discovery, notamment).
Cette proposition aurait reçu un accueil favorable du conseil d’administration, qui aurait alors engagé des discussions avancées avec Netflix. L’affaire semblait presque pliée.
Et puis… rebondissement !
Mais quelques jours plus tard, Paramount, associé à Skydance, entre brutalement dans l’arène avec une contre-offre avoisinant les 108 milliards de dollars, cette fois pour l’intégralité du groupe Warner Bros. Discovery, chaînes TV comprises.
Depuis, une véritable guerre des enchères et de la communication fait rage : batailles d’actionnaires, pressions sur les conseils d’administration, fuites savamment orchestrées… Hollywood replonge dans ses vieux démons.
Et à l’heure où ces lignes sont écrites, Netflix aurait encore surenchéri, avec une offre qui grimperait désormais jusqu’à 130 milliards de dollars. Le feuilleton est donc loin d’être terminé.
Et comme si ça ne suffisait pas : Trump entre en scène !
Le scénario devient presque caricatural lorsque Donald Trump fait irruption dans cette bataille.
Le président américain – sans qu’on lui demande – a ressenti le besoin de s’en mêler. Rien d’étonnant lorsqu’il est question de milliards.
D’autant que David Ellison, patron de Skydance et partenaire de Paramount, est un de ses vieux amis.

Résultat : Trump aurait exercé des pressions pour soutenir l’offre de Paramount plutôt que celle de Netflix….
Encore un joli conflit d’intérêts à ajouter à sa liste…
Et le cinéma dans tout ca !?
Derrière ce feuilleton financier presque grotesque se cache pourtant un enjeu bien plus grave : l’avenir du cinéma lui-même.
Netflix assure vouloir préserver les sorties en salles des productions Warner et maintenir une exploitation “traditionnelle” pour certains films. Mais l’histoire récente nous a appris à nous méfier des promesses faites au nom de la rentabilité.
Car avec chaque fusion, chaque rachat, chaque big deal hollywoodien, le fossé entre plateformes de streaming et salles obscures se creuse un peu plus.
Et ce fossé menace directement des cinémas déjà fragilisés par des années de crises successives.
Les questions sont donc légitimes et cruciales :
- Que deviendront les films Warner si le studio passe entièrement sous le contrôle d’une plateforme de streaming ?
- Les salles de cinéma devront-elles se passer de ces productions au profit de sorties directement depuis le canapé ?
- Les blockbusters, sagas cultes et œuvres originales seront-ils désormais conçus avant tout comme des contenus destinés à remplir un catalogue infini ?
Le véritable danger est là : réduire le 7ᵉ art à un simple produit de consommation, absorbé par une logique capitaliste sans limite, où l’algorithme prime sur l’œuvre, et la quantité sur l’expérience.
C’est peut-être là, bien plus que dans le montant des offres ou les jeux d’influence, que se joue la véritable tragédie de ce feuilleton hollywoodien.
Affaire a suivre donc mais dans tous les cas le constat est sans appel c’est un avenir qui s’assombrit encore un peu plus pour les salles obscures, déjà bien affaibli par des années de crises successives, et qui n’avait vraiment pas besoin de ça.
